Soutenance de thèse de doctorat de Dr Azandjeme Colette. Pesticides, obésité et diabète : un lien insoupçonné?

Dr Azandjemen et le Jury de thèse

Dr Colette Azandjeme et les membres du jury de soutenance; de gauche à droite, Pr Irène Strychar, présidente du jury; Pr Dominique Garell, membre du jury; Pr Hélène Delisle, Directrice de thèse; Dr Colette Azandjeme, doctorante; Pr Marc Lucotte, examinateur externe; Pr Michèle Bouchard, Codirectrice de thèse.

Le 15 juillet 2014 a eu lieu à l’université de Montréal la soutenance de thèse de doctorat portant sur le lien entre l’exposition aux pesticides et le risque de diabète au nord du Bénin. Cette étude a été réalisée sous la supervision de Dr Hélène Delisle, professeur au département de nutrition et directrice de TRANSNUT et de Dr Michèle Bouchard, professeur au département de santé environnementale et santé au travail. Elle a aussi bénéficié de la contribution des professeurs Pierre Ayotte de l’Institut National de Santé Publique du Québec ainsi que François Djrolo de l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin et Dismand Houinato du programme national béninois de lutte contre les maladies non transmissibles.

L’étude s’inscrit dans un contexte où les maladies chroniques prennent le pas sur les maladies infectieuses même en Afrique. Le diabète, en particulier, devient une préoccupation pour les pays africains puisque, selon les estimations de la Fédération internationale du diabète, une hausse de 109% de la prévalence est attendue en Afrique subsaharienne entre 2013 et 2035 alors que la moyenne mondiale est de 55%. Or le diabète coûte cher en Afrique tant pour l’individu que pour le système de santé et la société. Le diabète affecte en effet beaucoup d’adultes en pleine productivité et il réduit la qualité de vie des personnes touchées et de leur famille, qu’il peut précipiter dans la pauvreté.

Plusieurs facteurs contribuent au fardeau du diabète en Afrique notamment, les changements dans le mode de vie et l’alimentation qui caractérisent la « transition nutritionnelle ». Les polluants environnementaux comme certains pesticides pourraient représenter un facteur additionnel de risque. Toutefois, l’association entre l’exposition aux pesticides et le risque de diabète ou d’autres maladies chroniques doit encore être confirmée.

L’étude de Dr Azandjèmè s’est déroulée dans  le Borgou, département du Nord-Est du pays où la prévalence de diabète est particulièrement élevée, soit 4,6% contre une moyenne nationale de 2,6%. L‘étude cas-témoin a porté sur 125 personnes diabétiques appariées avec des personnes non-diabétiques de même âge, groupe ethnique et lieu de résidence.

L’étude a confirmé qu’il existe une association positive entre l’exposition à certains pesticides organochlorés (POC), notamment les métabolites du DDT et l’obésité ou le diabète de type 2. En effet les sujets ayant les teneurs sériques élevées de POC avaient deux à trois plus de probabilité de diabète et trois à cinq fois plus de probabilité d’obésité. Les facteurs associés aux teneurs sériques élevés de pesticides étaient le niveau d’éducation élevé, un meilleur revenu, la résidence en milieu urbain, ainsi que la fréquence de consommation de certains aliments.

Toutefois, bien qu’une association positive ait été détectée, aucune relation de causalité ne peut encore être établie entre l’exposition aux pesticides organochlorés et le diabète ou l’obésité. Néanmoins, les résultats de cette étude incitent à une prudence renouvelée dans l’utilisation des pesticides. Rappelons en terminant que la prévention du diabète et de l’obésité passe d’abord par une alimentation équilibrée, le contrôle du poids et l’activité physique.

Nos sincères remerciements vont à l’Agence Canadienne de Développement International (ACDI) et au réseau de recherche en Santé environnementale (RRSE) du Québec pour le financement de la bourse de doctorat de Dr Azandjeme et la mise en œuvre du projet de recherche.